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Les Pères Populaires


Dans les campagnes d’autrefois, parler du « père Untel », c’était une façon familière de désigner un vieux bonhomme connu de tous – en dehors bien sûr du curé de la paroisse. Plus largement, cette dénomination a surnommé des personnages fictifs ou réels, importants dans l’imaginaire populaire.

Le père Noël

Le plus connu de tous est bien sûr le père Noël. Au XXe siècle, il a remplacé progressivement tous les autres pourvoyeurs de cadeaux de Noël, saint Nicolas, l’Enfant Jésus ou la Béfana. Sa physionomie actuelle (visage rond, barbe blanche, houppelande rouge bordée de fourrure blanche, grandes bottes et, complément indispensable du costume !, grande hotte) nous vient des Etats-Unis.
Après guerre, la chanson de Tino Rossi, Petit papa Noël, a contribué à le populariser en France. Pour le clin d’œil, rappelons que l’auteur de la musique s’appelait… Martinet, comme l’inévitable accessoire du père Fouettard…

Les « pères » commerciaux

Faut-il les placer juste après le père Noël ?… Avec une connotation sympathique, le terme a en effet été utilisé comme marque par plusieurs sociétés commerciales : les livres du père Castor de notre enfance ou les dindonneaux du père Dodu par exemple…

Le père Fouettard

Version croquemitaine du père Noël, le père Fouettard est celui qui distribuait aux enfants désobéissants des « punitions de Noël » au lieu des cadeaux attendus : martinets, petits fouets, branches de houx, voire crottins au fond des petits sabots… Ce personnage disparaît aujourd’hui, la société incitant à gâter tous les enfants, qu’ils soient sages ou sauvageons !

Les deux pères Lustucru

Très connu aussi des enfants : le père Lustucru. En fait, il n’y a pas qu’un mais deux !
On pense d’abord à celui de « la mère Michel qui a perdu son chat » : un voisin malicieux, voire un peu féroce, qui a sans doute – la chanson le laisse supposer – dégusté en civet le matou perdu…
Le second, plus inquiétant, est repris en chanson par Théodore Botrel. Il s’écrit avec un k, qui sonne plus féroce, et il est Breton : père Fouettard du soir, ce père Lustukru y ramasse tous les enfants qui ne dorment pas pour les manger… tout crus bien sûr !

Le père Cent

S’il y en a un qu’on a longtemps fêté, c’est bien celui-là ! Cent jours avant la quille, donc avant la fin du service militaire, c’était le jour du père Cent : un père dont les pious-pious arrosaient l’anniversaire avec bonheur et alcools, un père dont on annonçait parfois le décès ce jour-là par un faire-part rigolard, écrit en argot de caserne…

Les « pères » en littérature

Ils sont nombreux, le père Goriot étant sans doute le plus fameux de tous. Balzac a régulièrement utilisé la formule pour désigner un chef de famille aux enfants déjà grands, issu d’un milieu populaire ou établi en province (le père Grandet), parfois matois et retors comme un vieux maquignon.
On peut ajouter aussi dans cette catégorie le fameux père Duchesne, à l’origine personnage de théâtre populaire du XVIIIe siècle s’insurgeant contre les injustices. Jacques Hébert en fit le titre d’un journal extrémiste et révolutionnaire lancé fin 1789, qui prêchait avec violence la guerre sociale et religieuse. Comme beaucoup d’autres pamphlétaires de l’époque utilisaient ce personnage, le journal d’Hébert afficha même en première page : " Je suis le véritable père Duchesne, foutre ! " Le périodique disparut avec son créateur, guillotiné en 1794.

Les « pères » en politique

En politique, le surnom est plus rare, sans doute parce qu’il s’accorde mal avec la dignité prêtée aux fonctions… On ne connaît guère que le petit père Combes : président du Conseil, ministre de l’Intérieur et des Cultes, puis ministre d’État, Émile Justin Louis Combes (1835-1921), à l’allure d’homme d’église mais aux idées farouchement anticléricales, prépara la loi de séparation de l’Église et de l’État de 1905. Son activisme lui valut ce surnom mi-religieux mi-paysan rusé.

Bien au-delà de l’idée de filiation, l’appellation a fait son chemin : on rencontre des « pères » partout : au détour des contes, des fêtes, des romans, des couloirs de l’Assemblée nationale, des gondoles des magasins, ou des cantines de casernes… Une liste de bric et de broc, mais bien sympathique, à laquelle il ne manque plus guère que le raton laveur de Prévert… un père de la poésie moderne !

Texte : Marie-Odile Mergnac